L’intervenante se présente : Madame GOUDE-CABON, psychologue.
Elle reçoit et accompagne des enfants et des adolescents principalement.
Elle fait partie de l’Association : l’école des parents, qui a mis en place un accueil et une écoute téléphonique gratuits et anonymes, des jeunes de 12 à 25 ans et organise des rencontres entre parents sur différents thèmes, des formations pour les professionnels et des consultations pour les femmes.

LA PERCEPTION DE LA VIE ET DE LA MORT PAR L’ENFANT

Cette perception varie en fonction de l’âge, de l’époque et de la culture d’origine de l’enfant.

Avant les gens vivaient avec la mort. Elle était toujours présente (guerres/décès en couche/mortalité importante). La religion apportait une aide, facilitait la séparation avec les êtres chers et à travers elle continuaient d’exister.

Actuellement, l’espérance de vie d’un enfant qui naît aujourd’hui est de 100 ans. Grâce notamment aux progrès de la médecine, la mort n’est plus perçue comme une fatalité. La mort est si absente qu’on l’oublie. On vit comme si l’on était immortel. Elle peut devenir même un sujet tabou car elle est mise à distance. De nos jours la vie est vecteur de bonheurs, de plaisirs… elle est source d’accomplissements de projets. La mort vient comme une interruption. Le vieillissement est le seul à nous rappeler que l’on est mortel. Ainsi le vieillissement est devenu tabou : il faut paraître jeune...

L’enfant est face à ce paradoxe : les adultes ne sont pas à l’aise avec le sujet de la mort, que ce soit à la maison ou à l’école.
La télévision et les jeux vidéo, quant à eux, apportent une certaine perception de la vie et de la mort : elle est banalisée. La mort y est brutale, soudaine, et souvent violente (car accidentelle et plurielle). Elle n’est pas naturelle. Les enfants adeptes des jeux vidéo ont tendance à penser qu’ « on ne meurt pas, on est tué ». D’autres enfants pensent qu’elle est contagieuse.
Les enfants élaborent ainsi beaucoup de fantasmes devant le silence dans lequel le sujet de la mort est enveloppé. Ces fantasmes sont construits par l’enfant faute d’information et pour essayer de comprendre.
Selon la perception qu’ils en ont, la mort n’est pas irréversible. Elle est comparable au sommeil.
Le sujet est souvent abordé pour la 1ère fois avec l’enfant à l’occasion de la mort d’un animal familier.

LES DIFFICULTÉES ÉPROUVÉES PAR L’ENFANT

Permettre à l’enfant d’assister à la cérémonie de l’enterrement est très important et va l’aider à faire le deuil et comprendre que la personne ne reviendra plus. Les enfants sont en effet dans l’attente que la personne revienne.
Certains sont dans l’attente du retour de la personne décédée jusqu’à la fin de l’adolescence.

Les enfants ne font pas le deuil. Comme les adultes, ils connaissent la première phase de choc, puis la phase de dépression réactionnelle (peut durer de 6 mois à 1 an). La phase de résolution qui suit les deux premières est plus compliquée chez l’enfant. Elle sera plutôt faite à la fin de l’adolescence, à l’entrée à l’âge adulte. Cette phase de résolution, c’est accepter la mort, accepter de vivre sans la personne. Pour les adultes c’est reprendre petit à petit goût à la vie.

L’enfant de plus de 5 ans a certaines particularités : on ne perçoit pas toujours sa phase dépressive. Elle peut se traduire par une humeur changeante, des changements dans son comportement l’enfant peut être anxieux ; il peut présenter des troubles du sommeil, de l’alimentation, il peut être malade, énurétique. Il est particulièrement important de lui laisser exprimer sa tristesse de ne pas l’empêcher de pleurer et d’éviter de lui dire « tu es grand, prend sur toi arrête de pleurer ».

Certains enfants parlent le soir à cet être cher qui est mort, celui que les thérapeutes appellent « le parent imaginaire ». D’autres ont des visions. C’est le moyen pour eux de garder vivant cette personne. L’intervenante nous donne l’exemple d’une fille de 9 ans qui avait perdu son père et qui disait le voir. Elle lui a demandé de faire un dessin pour son père et de le laisser sur sa pierre tombale (on n’avait pas permis à la jeune fille de s’y rendre). Après l’avoir fait, elle n’eut plus de vision. Il faut ainsi permettre à l’enfant de dire « au revoir » au proche.
Si on essaie de trop rassurer l’enfant (« ne sois pas triste » « il ne faut pas pleurer ») on empêche la tristesse de s’exprimer, de s’extérioriser.
On peut donner un objet qui a appartenu au mort car l’enfant y est très attaché.
L’enfant a besoin de cet objet de transmission qui a appartenu à la personne décédée. L’enfant en deuil est très attaché au souvenir du parent décédé.

Les enfants en deuil jouent davantage que les autres à la mort, à l’enterrement.
Moins ils en savent, plus ils vont jouer et faire jouer leur imaginaire .
Les enfants à qui on a caché la cause du décès vivent dans l’angoisse de disparaître eux même. L’enfant risque de s’identifier à la personne décédée et à peur de mourir à son tour.
Il est important de bien expliquer à l’enfant ce qui s’est passé, pour éviter sa peur. Quand on cache la cause de la mort (accident/suicide), on s’aperçoit qu’il peut y avoir des répétitions sur plusieurs générations. Il y a communication de l’inconscient à inconscient. Les enfants peuvent inconsciemment se mettre en danger physiquement (ils ne comprennent pas et ils essaient de comprendre). Ils se structurent avec un secret. L’inconscient le sait. Ils cherchent à connaître la vérité en reproduisant et mettant en scène ce qu’ils croient avoir compris ou qu’ils ont imaginé.

L’enfant de moins de 6 ans peut ressentir de la colère et de la culpabilité.

L’enfant se sent coupable et/ou responsable. Il recherche un responsable et sa quête peut le ramener à lui même. Il croit ainsi à la toute puissance de la pensée :

« la pensée magique ». Entre 3 et 6 ans, l’enfant éprouve plus ou moins inconsciemment un désir de mort sur le parent du même sexe (complexe d’Oedipe). Il est attiré par le parent de sexe opposé et voir l’autre parent comme un rival. Si la mort intervient à cette période et alors qu’il a eu cette pensée, l’enfant va croire qu’il est responsable de la disparition et coupable. L’enfant a besoin d’être rassuré. Il a souvent besoin d’un entretien avec un psychologue.

Beaucoup d’enfants n’ont jamais connu le deuil ; il est important de les y préparer.
Pour faire le deuil, l’enfant a besoin de connaître ce qu’est la mort.

L’enfant de 3 ans : à cet âge il se reconnaît personne sexuée, il intériorise les interdits parentaux et il a une curiosité à comprendre le monde qui l’entoure : c’est l’âge des « pourquoi ?» de l’apprentissage du langage, il fait moins de colères et obéit mieux. Il s’intéresse aux bébés, aux origines de la vie.
Pour lui, la vie et la mort font partie d’un cycle, à l’image des saisons qui passent. Il associe la mort au sommeil, à l’immobilisme. Selon lui la mort est comparable à l’automne, les feuilles tombent, mais vient ensuite le printemps et la renaissance à laquelle il croit.
C’est vers 5/6 ans que l’enfant commence à acquérir la distinction 
entre la mort et le sommeil.
A partir de 9 ans, il fait réellement la différence entre l’état de vie et l’état de mort. Il fait bien la différence au niveau biologique du terme. Il sait que la mort est irréversible et que tout humain meurt un jour.

A cet âge (3 ans) où l’enfant se pose beaucoup de questions sur la mort, qu’il exprime sa peur d’être séparé des gens qu’il aime ry qu’il demande quand il va mourir (« quant je vais être mort ?- où on va quand on est mort ? ») , on peut lui dire : « On meurt quand on a fini de vivre. La vie se termine par la mort. Tout le monde meurt un jour, même les animaux et les plantes. En général ça arrive quand on est âgé. Rassures-toi tu ne mourras pas tant que tu n’auras pas fini de vivre ».
Il faut préparer l’enfant et lui donner les moyens de faire face au deuil éventuel.

Il faudrait toujours répondre à l’enfant lorsqu’il manifeste le besoin d’en parler. Il faut éviter de toujours vouloir le rassurer sur le sujet ou d’éviter ce sujet. Quand il voit la mort à la télévision, elle est brutale et elle touche des personnes « dans la fleur de l’âge ». Il faut aider les enfants à prendre du recul face aux images télévisuelles (des enfants ont été très choqués suite aux images du tsunami, certains ne veulent plus aller se baigner) et filtrer au maximum ces images (notamment celles du journal télévisé).

A la question : « Comment aborder le sujet des maladies mortelles auprès de l’enfant ? » la psychologue répond qu’on peut lui dire que certaines maladies peuvent être mortelles mais que c’est assez rare dans notre pays et qu’il faut toujours garder espoir. Il faut en tout état de cause leur annoncer la réalité et les préparer au mieux.

A la question : « Que dire à l’enfant quand il est lui même atteint d’une maladie irréversible ?» la psychologue répond que lorsque l’enfant est condamné, il faut le faire parler de la mort, il faut le laisser s’exprimer pour qu’il puisse partager ses angoisses. Mais dans cette situation, l’enfant porte le poids de la douleur de ses parents, et il est important d’avoir recours psychothérapeute.

Quand la famille réussit à parler de la personne qui est décédée, elle peut amener l’enfant à parler de la personne à l’aide de photos. Il est important d’entretenir le souvenir surtout si la personne était chère à l’enfant.
Les changements émotionnels sont ressentis par les enfants. Pour éviter l’élaboration de fantasmes, il faut mettre des mots sur les émotions des parents. Il faut dire à l’enfant que l’on est triste et pourquoi, plutôt que d’essayer de lui cacher, puisque de toute façon il va le ressentir ; On peut lui expliquer que le corps meurt mais l’esprit, l’âme et le coeur restent en vie en nous, aussi longtemps qu’on puisse en parler. On peut dire à l’enfant en parlant de la personne qui est décédée : « tu sais, elle aurait souhaité que tu sois heureux et que tu continues à vivre ta vie ».

Quand l’enfant refuse d’en parler, il faut respecter son silence : « si tu as envie d’en parler ou si tu as des questions à poser, n’hésites pas à venir me voir. Si tu veux, tu peux écrire dans un petit carnet… ».

A la question : « Comment parler à l’enfant de la veillée et peut-il y assister ? » la psychologue répond que les parents peuvent dire à l’enfant : « nous, les adultes, on va voir le corps une dernière fois ». Si l’enfant dit qu’il veut y aller lui aussi, on peut respecter son souhait mais au contraire il ne faut pas le forcer.

A la question : « Faut-il parler à l’enfant de ses grands-parents qui ont disparus et qu’il n’a pas ou peu connu ? » la psychologue répond que même si l’enfant n’a pas de souvenir, il doit se situer dans le temps générationnel. Elle ajoute que certains enfants se sentent proches de personnes qu’ils n’ont jamais connu.

A la question : « Comment expliquer l’incinération à l’enfant ? » la psychologue répond que l’on peut dire à l’enfant que le corps est mort, qu’il ne ressent plus rien.

Dans notre société, on a tendance à protéger les enfants, à occulter la mort, à ne pas en parler. Mais on ne les protège pas. On les empêche de se préparer à un deuil, ou de faire leur deuil. Ils sont obligés de passer par ce stade de tristesse.

LES REPERCUSSIONS D’UN SECRET DE FAMILLE SUR L’ENFANT

Ce secret de famille ce peut être la mort d’un membre de la famille, un suicide, … que l’on cache à l’enfant.

Il ne faut pas donner l’impression à l’enfant qu’il est mis à l’écart, que les adultes lui cachent quelque chose. Car une personne qui se structure avec un secret, quelque chose qu’on lui cache, va cliver sa personnalité, ce qui crée des troubles du comportement et perturbe la construction de sa personnalité. Un secret, ça transpire : parce que les parents vont se forcer à avoir un certain comportement par rapport à certaines situations et l’enfant sent que ce n’est pas naturel. Il essaie de comprendre pour mieux se situer lui même et il peut se mettre en danger (cf. début de la 2ème page). Devant ce silence, l’enfant fait un blocage et il l’applique à tout son raisonnement. Il interprète que ce n’est pas bien de chercher. Ce qui engendre des inhibitions scolaires : l’enfant ne réussit pas à se plonger dans des résolutions mathématiques
(ainsi le comportement des parents peut agir sur le comportement intellectuel de l’enfant). L’enfant qui est préservé d’un secret, ressent un manque et qu’on l’empêche de comprendre ; il va donc croire (inconsciemment) qu’il n’a pas le droit d’être logique et de raisonner, ce qui va se traduire pas des inhibitions scolaires et un blocage du raisonnement mathématique.
Il s’agit du même procédé intellectuel que celui des interdits non expliqués à l’enfant ou inappropriés, si le lien de cause à effet n’est pas logique. Il y a parfois mise en place du mythe et le secret engendre des répétitions.

La révélation tardive du secret fait que la personne à qui on l’a caché se sent trahie, elle pense qu’on ne lui a pas fait confiance.
v Ne pas avoir de secret, c’est établir une bonne base de communication, une confiance mutuelle.

A LIRE …

Pour les enfants entre 2 et 6 ans :

Un petit frère pour toujours Auteur : DEVAL Marie Hélène Editeur : BAYARD édition jeunesse 2002

Petit lapin hop là ! Auteur : ELZBIETA H. Editeur : Ecole des Loisirs 2001 collection pastel

Le grand-père de Tom est mort Editeur : Mango jeunesse édition 2000

Le petit oiseau de Jules est mort Auteur : LAMBLIN Christian Editeur : Nathan 2002 collection les histoires sages

Un nœud à mon mouchoir Auteur : WESTER Bethe Editeur : Milan 2002

Pour les enfants entre 5 et 7 ans :

Une maman comme le vent Auteur : BETRON Agnès Editeur : Acte Sud junior collection 2000 histoires sages

Jamais je ne t’oublierai Auteur : DEVOS Lydia Editeur : Grasset 2000

Pour les enfants entre 7 et 10 ans :

Le couteau de Pépé Auteur : BRIAND François Editeur : Siros jeunesse 2002 album mini souris

Pour les adultes :

Parler de la mort Auteur : DOLTO Françoise