L’intervenante se présente : Madame Stéphanie GUILLOT, psychologue.
Elle fait partie de l’Association : « Les pâtes au beurre »
Présentation des organisatrices : Carlette pour l’Association « Le bac...à sable » (Le grenier...à paroles), Agnès BOUTOLOT du RAM (Relais Assistantes Maternelles), Marthe de la Halte Garderie de St Jean de Boiseau.

PRÉSENTATION DU THEME : L’APPRENTISSAGE DE LA PROPRETÉ - LE PASSAGE SUR LE POT »

L’exigence de la propreté et de l’abandon des couches sont initiés par l’adulte qui souhaite que l’enfant change son comportement. L’enfant va devoir passer d’une satisfaction naturelle à la prise de conscience de ses fonctions corporelles.

La « propreté » : une étape importante dans le développement moteur de l’enfant

Le bébé n’a pas conscience de ce qui est dedans et de ce qui est dehors. Quand il touche un hochet, il ne sait pas si c’est un élément extérieur à son corps ou si c’est une partie de son corps.
Le bébé et le jeune enfant apprécie le moment de la toilette, du change, qui sont des moments privilégiés pour l’échange en parole ou d’affection. L’enfant ressent également le déplaisir d’être dans une couche sale mais les moments d’échange sont plus importants et cela suffit pour que l’enfant ait envie d’acquérir la propreté.
D’autre part, l’enfant a besoin de découvrir ses propres compétences par lui même (étapes), doit faire ses propres expériences.
Comparaison avec sa capacité de préhension : c’est l’expérimentation qui le fera progresser. Il doit découvrir ses facultés.
Même chose pour l’acquisition sphinctérienne : l’enfant doit « s’exercer sans ses couches ».

Histoire de la propreté à travers les siècles

Cette question a évolué parallèlement à celle de la façon dont l’enfant est perçu.

Au 16ème siècle, la propreté n’est pas une préoccupation majeure, c’est une affaire de femmes (cela a-t-il vraiment changé ?...)
Jusqu’au 18ème siècle, cette question ne pose pas de problème, même pour les adultes.
Au 18ème siècle, c’est l’apparition des premiers livres de puériculture, les questions apparaissent. Ce siècle est marqué également pas l’arrivée de la classe bourgeoise qui doit se différencier du reste de la population et qui le fait par la propreté.
On doit apprendre à retenir ses pulsions et prendre l’habitude et des habitudes de propreté. On doit habitué son corps à la propreté et que cela devienne la théorie, la routine. L’enfant va lui aussi être soumis à cette routine.
Au 19ème siècle, la propreté devient une obsession, notamment avec l’arrivée de l’eau courante pour les classe les plus aisées.
C’est l’apparition du discours « hygiéniste » imbriqué de règles morales : »un enfant sale est une honte pour sa mère ».

Dès l’âge de 3 mois, l’enfant est mis sur le bassin à heure fixe.
Il s’agit de former et discipliner le plus tôt possible les enfants, qui sont l’objet d’enjeux et subissent de lourdes pressions.
C’est la nourrice qui doit s’en charger, la Société doit éduquer les enfants, pour les discipliner au monde de l’industrie. C’est la théorie jusqu’aux années 60.
C’est Françoise DOLTO qui va tirer la sonnette d’alarme et donner « un point de vue inattendu sur la propreté «  en mettant en avant le rôle actif de l’enfant, son autonomie, sa liberté face à la propreté.
Face à cette nouvelle théorie, le point de vue des médecins est toujours contraire.
A partir des années 80, la propreté ne sera plus perçue comme un « dressage ».
Seul un climat de liberté la fera accepter.
On développe alors une collaboration active entre l’enfant et l’adulte.
On prend en compte la maturation psychologique et la maturation affective, c’est à dire attendre que l’enfant manifeste une envie, un intérêt (celui d’imiter les grands). Les initiatives de l’enfant sont alors mieux acceptées.
L’acquisition de la propreté se fait alors dans un échange entre enfant et adulte.
Depuis quelques années, vient troubler cette théorie la pression scolaire, sociale et familiale. On croit que plus un enfant est compétent, fait des acquisitions tôt, meilleur il sera à l’école, donc plus grande sera sa réussite sociale. Cette idée retenti sur l’équilibre familiale car on attend l’acquisition de l’autonomie le plus tôt possible, y compris la propreté.
En outre, la propreté est la condition indispensable pour intégrer l’école maternelle. Si l’enfant n’est pas propre il ne rentrera pas tôt à l’école, donc il ne réussira pas sur le plan scolaire, donc il ne réussira pas sa vie professionnelle... d’où un grand sentiment de culpabilité des parents. Or la propreté se heurte à un problème de maturité.
On se heurte donc à un paradoxe : on souhaite laisser sa liberté à l’enfant tout en étant influencé par la pression de la condition de la rentrée à l’école, ce qui revient à raisonner de la sorte « préparer l’enfant pour lui permettre d’intégrer l’école maternelle ».
Ce paradoxe et cette pression retenti bien évidemment sur les professionnels qui ont la garde de l’enfant.
Ce paradoxe est d’autant plus grand que l’on accueille les enfants de plus en plus tôt à l’école, dès 2 ans, on fait croire que l’enfant doit être propre à cet âge (car condition pour rentrer à la maternelle) alors que ce n’est pas la normalité d’être propre à 2 ans.
(Parenthèse : dans la société africaine, on ne parle pas de propreté, ce n’est pas une étape mais c’est un apprentissage né de l’imitation des aînés, sans pression, acquis autour de 3 ou 4 ans.)
Pour les familles, il est donc particulièrement difficile de trouver un équilibre entre la liberté laissée à l’enfant et les contraintes sociales.

L’acquisition de la propreté correspond à l’étape de l’acquisition de l’autonomie, de la séparation. L’enfant accepte de grandir et ses parents acceptent qu’il grandisse.
L’enfant doit accepter de se séparer d’une « morceau de son corps », d’une partie de lui, assimilable pour lui à une main, un pied. Cette idée réveille chez l’enfant l’angoisse du morcellement. C’est pour cette raison que l’enfant peut refuser d’aller sur le pot. Il faut donc lui expliquer et lui faire intégrer l’idée qu’il se séparer « ce dont son corps n’a plus besoin ».
L’enfant doit passer l’étape de la séparation au niveau psychique pour acquérir une autonomie = l’enfant doit accepter de grandir, de devenir autonome et de renoncer à la relation fusionnelle avec sa mère, qu’il vit depuis sa naissance et qui le rend dépendant d’elle et des adultes. En acquérant cette autonomie, l’enfant va perdre un certain nombre de choses intéressantes, comme les moments de partage pendant la toilette. Le parent doit lui accepter que l’enfant fasse de plus en plus de choses tout seul.

L’enfant doit lui aussi comprendre que c’est son intérêt de faire les chose tout seul.
Cette séparation a lieu pendant la période d’opposition, entre 15 mois et 3 ans.
Grâce à la prise de distance entre l’expression de ses besoins et l’arrivée de ce qu’il demande, grâce aux frustrations, à la confiance de l’adulte par rapport à ses attentes, l’enfant aura la capacité d’acquérir l’autonomie. L’enfant va forger cette séparation par la répétition de tests, la phase d’opposition et le NON. C’est l’apprentissage des interdits, qui respecte l’autonomie de chacun (période/étape importante).

Quand l’adulte va arriver avec la question et l’exigence de la propreté, cela posera problème si phase du NON en pleine évolution. L’enfant doit être un peu sorti de cette phase d’opposition pour que cela marche.
Pour les parents aussi, la question de la séparation suppose un travail de séparation dans leur tête. Doit se faire en parallèle de l’apprentissage de l’intimité qui peut poser problème quand la fusion est trop ancrée et la prise de plaisir est réciproque. Le parent doit lui aussi accepté l’idée de la séparation. (la fusion signifie que l’enfant est dépendant de l’adulte). Le parent doit accepter qu’il n’est plus tout pour l’enfant, qu’une prise de distance s’installe et qu’il puisse se séparer des attentes qu’il a par rapport à son enfant. « le bébé réel doit remplacer le bébé idéalisé ». Le parent veut que l’enfant continue à avoir besoin de lui et soit idéal, parfait.
La propreté et la relation affective

L’écueil est de présenter à l’enfant la propreté en ces termes « soit propre pour me faire plaisir » ; il faut plutôt lui présenter cela comme une imitation des adultes.
Il n’est pas utile d’instaurer un enjeu affectif, là où il n’y en a pas besoin. Cela ne fait que ajouter une possibilité d’opposition, qui sera perçue par l’enfant comme une faille à exploiter.
Il y aurait également une contradiction entre le fait de faire plaisir au parent, donc de lui faire un cadeau, qui est une part de lui même, et dont l’on se débarrasse.
La relation peut ainsi devenir conflictuelle.
Cela risque également de mettre une pression importante sur l’enfant, qui peut avoir peur de perdre l’amour de son parents s’il n’y arrive pas (pas volontairement).
Quid de « l’énurésie symptôme » (au delà de 5/6 ans) : souvent la médicalisation est impressionnante. Or la cause organique de l’énurésie est de proportion très faible. Elle est plus souvent psychologique et il s’agit dans ce cas d’en trouver la cause, plutôt que de stopper ses conséquences sans chercher à comprendre car une fois le traitement terminé, si la cause n’est pas décelée et soignée, l’énurésie reprend.
L’énurésie est souvent la façon pour l’enfant d’exprimer un malaise et peut survenir notamment lors d’un déménagement où l’arrivée d’un bébé. L’enfant exprime par se moyen les difficultés qu’il rencontre, recherche l’attention de l’adulte qui doit donc prendre en compte ses problèmes et se faire éventuellement aidé (pédopsychiatre).
La régression manifestée s’explique par le fait que l’enfant croit que le bébé qui n’est pas autonome est plus intéressant que lui, puisque ses parents s’en occupent plus. Il faut alors lui expliquer que bientôt, ses parents lui demanderont la même chose.

CONCLUSION : La Liberté n’empêche pas de montrer le pot à l’enfant et lui expliquer comment l’utiliser, mais en lui laissant le temps qu’il faut.

QUESTION ?

A la question : «Doit-on féliciter l’enfant lorqu’il a réussi à faire dans le pot ?»

Oui, car l’enfant doit comprendre que c’est son rôle actif qui lui a permis d’acquérir la propreté. Le féliciter oui mais faire attention à ce que l’enfant perçoit. Lui dire : « c’est intéressant pour toi, tu as grandi » faire preuve de patience et de liberté.

A la question : « A partir de quand le préparer ? »

L’apprentissage du pot prend du temps, il faut donc prévoir du temps. Sans pression, il s’agit de lui faire comprendre ce qu’on attend de lui.

A la question : « Comment aider un enfant qui manifeste une angoisse d’aller sur le pot au point de se retenir pendant la journée et attendre la sieste ou la nuit pour faire dans sa couche ? »

Il peut parfois être utile de remettre les couches, pour faire une transition et rassurer l’enfant. Perdra cette peur de perdre une partie de son corps.

A la question : «  Mon enfant est propre chez sa nounou mais pas à la maison , pourquoi ? »

Il s’agit là de la manifestation du lien affectif avec le parent et de la manifestation de l’opposition. Par opposition, l’enfant contredira ses parents.

A la question : «  Quel est le lieu du pot : au toilettes ou n’importe où ? »

L’enfant peut être rassuré de pouvoir promener son pot ou au contraire peut être très pudique et vouloir être seul. On peut trouver un compromis en laissant la porte des toilettes ouverte si l’enfant le demande.

A la question : « Doit-on laisser l’enfant voir le parent aux toilettes, pour l’imitation ?

Non car il faut faire comprendre à l’enfant très tôt que son corps c’est son corps et que chacun a son corps qui ne doit pas être atteint. Il faut donc imposer des barrières, limites. On explique à l’enfant où l’on va et ce qu’on y fait en le laissant derrière la porte.